Visualisation des process de jeu et des résultats sportifs

Conforté par un point de vue « physique », c’est-à-dire organisé matériellement par les outils vidéo « journalistiques », les process de jeu en sport sont trop souvent présentés comme une suite de performances individuelles alors qu’ils résultent d’une organisation éminemment collective.

compartaif 1+Issu de https://www.facebook.com/photo.php?fbid=10150818141948508&set=a.326871383507.192668.306836593507&type=1

L’analyse quantitative de la coordination interpersonnelle a été en grande partie limitée aux modèles spatio-temporels de la coordination entre « l’attaquant » et le « défenseur » dans des postes et/ou des sous-phases de jeu d’un système essentiellement conçu comme dyadique. Cette analyse traditionnelle de la performance considère les comportements comme des actions discrètes (dissociées les unes des autres) et fournit des données quantitatives et cumulatives sur le rendement individuel des joueurs : « qui », « à fait quoi », et surtout « combien » ?

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Il en résulte des tableaux de données de nature analytique que l’on a du mal à interpréter faute d’informations contextuelles : par exemple http://footballperformanceanalysis.com. Les outils de mesure de plus en plus sophistiqués, les applications portables, la géolocalisation GPS, … facilitent et contribuent à sacraliser le chiffre dans l’évaluation …

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… phénomène dénoncé par Philippe Gargov (http://www.cahiersdufootball.net/article.php?id=4464) qui argumente que d’autres voies de compréhension de l’action  sont possibles (http://www.zonalmarking.net).

Dans une vision plus systémique, le comportement de chaque joueur dépend de son emplacement sur le terrain, des interactions avec les autres joueurs (des équipiers et des adversaires), des emplacements de la balle, du but et tout ceci est dynamique (i.e. change continument : cf. l’étude de Luís Vilar & coll. intitulée Science of Winning Soccer: Emergent pattern-forming dynamics in association football http://necsi.edu/research/sports/soccer).

Alors comment saisir ensemble ces différents paramètres ? Vers un entrainement « augmenté » ? comme le plaide ces auteurs http://lecollectif.orange.fr/articles/foot-et-stats-mode-demploi .

Essayons d’argumenter ce point de vue en mêlant à la fois « le fond et la forme », « le contenant et le contenu » et d’envisager, des visualisations alternatives en suivant A. Cadix, 2012 : « Le design est l’art de donner forme aux objets à dessein, … Il convient donc, d’une part, de trouver une fonction intégratrice de connaissances abondantes et protéiformes et une fonction médiatrice entre l’univers de la science et la société : le design peut assumer cette double fonction ».

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A travers l’exemple du FC Lorient et du travail de son entraîneur Christian Gourcuff, le film http://www.dailymotion.com/video/xj3b8z_football-l-intelligence-collective_sport questionne le concept d’intelligence collective : « Des comparaisons variées – avec un banc de poissons, des robots, le jeu d’échec, le billard, les musiciens d’un orchestre…- permettent de dégager la spécificité de l’intelligence collective humaine qui n’émerge pleinement que lorsque les individus sont conscients du système dont ils font partie. Un point de vue original sur un système humain savamment organisé afin de marquer des buts et de ne pas en prendre, illustré par les images d’un match de football filmé à l’aide d’une grue de 100 m de haut ».

graphe bbb

De même, certains biologistes des systèmes http://www.plosone.org/article/info%3Adoi%2F10.1371%2Fjournal.pone.0047445 regardent les matchs de basketball à travers le prisme de la théorie des graphes qui est un moyen de mettre en valeur comment les individus sont reliés les uns aux autres, en définissant  les joueurs comme des nœuds et les mouvements de balle comme des liens. Il est alors possible d’analyser les propriétés générales de ce réseau, les regroupements (clusters), les positions relatives, …, pour caractériser le jeu et évaluer les différences de stratégie offensive des équipes.

chess jeu

Dans la même veine, cette « machine à penser » http://www.bewitched.com/chess.html explore la nature invisible et insaisissable de l’activité cognitive sous tendue par le jeu d’échecs. En suivant ce lien http://www.turbulence.org/spotlight/thinking/index.html, vous pouvez jouer aux échecs contre un programme d’intelligence artificielle, prêt à jouer contre/avec vous. Les processus cognitifs de l’ordinateur se dessinent sur l’écran lorsqu’il joue. Une cartographie de courbes de différentes couleurs est créée à partir des traces des milliers de futurs possibles lorsque le programme travaille à décider le meilleur coup en fonction de votre jeu.

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Une approche plus qualitative : la compréhension tactique du jeu par la visualisation des données : le « Footoscope »  http://footballtotalitaire.wordpress.com/2012/10/02/footoscope-data-viz-analyse-tactique

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Ces visualisations sont produites à l’aide du logiciel « Quadrigram » développé par Fabien Girardin du Near Future Laboratory (http://nearfuturelaboratory.com/seventh-and-half/2012/07/31/footoscope-a-deciphering-tool-for-football-amateurs) et permet de produire des cartographies des données (tout comme Gephi que nous utilisons par ailleurs)

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A propos pfleurance

Chargé de mission « Etudes, Ingénierie et Innovations » Institut National du Sport, de l'Expertise et de la Performance (www.insep.fr) - Animateur du Blog Trajectoire Manager Sport (http://pfleurance.hautetfort.com) - Vice Président du Réseau Intelligence de la Complexité (RIC-AEMCX) (http://www.intelligence-complexite.org)
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